Pour évoquer la ville de Bobo-Dioulasso, il est difficile de passer à côté de sa grande tradition musicale, sujet ô combien épineux, bien qu’essentiel à la vie bobolaise. Que ce soit à 5h, à 12 en plein cagnard, ou encore à minuit, la musique aime à se faire entendre à chaque coin de rue. Seul l’appel à la prière des musulmans peut amener les nombreux artistes à poser leurs instruments quelques heures dans la journée.

La tradition de la musique à Bobo-Dioulasso a donc quelque chose de bien particulier qui est largement reconnue dans toute l’Afrique de l’Ouest. Nombreux sont les musiciens, noirs ou blancs, qui viennent ici faire des stages de balafon, de goni, de djembé… et même de danse ou de chant.

Bobo est un carrefour des fondamentaux de la musique d’Afrique de l’Ouest. Les rythmes traditionnels des Bobo, des Peul, des Dioula, des Sembla, des Senufo et de la cinquantaine de groupes de population que l’on peut trouver reste l’essentiel de la musique bobolaise. Chaque rythme allant avec son style de chant et de danse. De tout cela naît une étonnante diversité de musiques qui ne restent bien évidemment pas figées dans le temps. Elles sont incessamment renouvelées par les artistes, qui, partant de la « source », évoluent vers un style qui leur est propre.

Rencontre avec le groupe Africa Tchideou (Messagers d’Afrique) lors d’une de leur répétition quotidienne avant leur concert « Aux Bambous », une grande salle de concert de Bobo.

PC021160

Laki à la calebasse.

Le musicien doit frapper sur la calebasse avec son poing, en alternant avec des coups de bâton en bois. Le son de la calebasse ressemble fortement à celui de la grosse caisse d'une batterie.

PC021174

Drissa au Keng keng

C'est ici un tube de métal creux que l'on frotte et frappe grâce à une tige de métal.

PC021155

Arnaud à la calebasse

On peut jouer de cet instrument de deux manières. Soit la tenir comme sur la photo, en tapant sur les perles qui font résonner la calebasse. On peut sinon, frapper l'ensemble des perles sur la calebasse. Arnaud avait été ici réquisitionné parce que la propriétaire de l'instrument n'était pas venue à la répétition.

PC021189

Pripara et Bouko au goni

Cet instrument ressemble à la kora. Les 10 ou 12 cordes sont pincées la même manière que sur une guitare.

Avec tout ça on pourrait croire que les artistes ont la belle vie à Bobo et plus généralement au Burkina, mais, parce qu’il y a toujours un « mais », cela est bien plus difficile. Etre artiste à Bobo est une galère sans nom, même si, pour beaucoup, leur niveau leur ouvrirait les portes de nombres de boites de productions européennes ou maliennes. Ici, c’est bien différent, les contrats sont très difficiles à trouver (voir impossible), et si beaucoup d’artistes vivent de la musique, la réalité du marché de la musique burkinabé ne leur permet que de survivre. La seule perspective d’avenir consiste à s’exporter à l’étranger, en Côte d’Ivoire, au Mali ou même en Europe. Voilà donc le paradoxe, l’Afrique de l'Ouest et même l’Europe ont les yeux tournés vers la grande musique bobolaise, mais ici personne ne reconnaît et ne pousse sur le devant de la scène les artistes. La pauvreté y joue aussi son rôle, car même si les gens écoutent de la musique tous les jours dans les maquis ou lors de mariages, les bukinabé ne peuvent consommer de la msuqiues faute de moyens. C’est vrai que dans une ville où la musique ne se trouve jamais loin du pas de la porte, il semble presque sans grand interêt d’aller acheter une casette ou un cd. Il faut savoir que la meilleur vente de cassette au Burkina pour cette année s’évalue à 15000 exemplaires vendus pour une populations de 13 millions d’habitants.

Sur ce, il ne reste plus qu’à danser pour oublier.