Travaillant sur le lotissement et le bornage, nous avons eu l'occasion de partir la semaine dernière avec une équipe de géomètres et topographes qui nous ont gentillement convié à partir deux jours avec eux, dans le but de participer et d'observer leur travail. Celui-ci consistant à lotir, et plus particulièrement à poser les bornes dans un village du nom d'Adjohoun qui se situe à une trentaine de kilomètres de Porto-Novo.

        Très simplement, le lotissement cherche à parcelliser les terrains des propriétaires terriens et à dégager ce que l'on appelle les voies et réseaux divers, à savoir, routes, place publique, école, marché... Un village non borné possède déjà un découpage de ses terres et des voies de circulation, des marchés. Ceci dit, l'espace n'a pas été organisé ni clairement délimité. La superficie des terres de chacun n'est, par exemple, pas exactement connue. Les voies existantes sont souvent sinueuses et trop étroites, empêchant la création de voies bitumées, ainsis que la mise en place des réseaux d'eau et d'électricité. Urbanistes, géomètres et topographes vont donc effectuer ce travail. Le cabinet de géomètres avec qui nous étions avait préalablement établi un état des lieux des propriétés, voies et bâtiments publics afin d'en dresser une première carte. Ce plan est ensuite remanié par les urbanistes qui sont chargés de dégager des voies, de placer les écoles, les marchés... Le second plan terminé, le cabinet place les bornes correspondantes à chaque parcelle pour en délimiter la superficie. Ils procèdent de la même manière pour les voies, les bâtimments publics, etc... Dans la mesure du possible, les propriétaires ne seront pas déplacés de la parcelle où ils habitent. Cependant, si l'urbaniste se voit dans l'obligation de dresser une voie passant par une habitation, celle-ci sera inévitablement détruite lors du bornage, et le propriétaire déplacé vers un autre emplacement. C'est le recasement.

Le lotissement, entre le premier état des lieux et la fin des travaux de bornage, est un processus assez long en lui-même, mais qui se rallonge encore plus du fait des financements qui viennent souvent à manquer. Ceci explique que l'équipe de géomètres est fréquemment obligée de stopper les travaux. Cela est notamment dû au fait que les financements du lotissement sont fournis directement par les habitants eux-même.
Le lotissement,  malgré qu'il apporte une certaine organisation de l'espace, l'eau courante et l'électricité, n'est pourtant pas toujours facile à faire accepter et nombre d'habitants rechignent à cela pour plusieurs raisons. La première est surtout l'apanage des vieux du village qui voient d'un mauvais oeil cette redisposition de l'espace dont l'intérêt ne saute pas toujours aux yeux. La seconde raison est une question de moyens, dans le sens où certains ne remettent pas leur part de l'argent. Celui-ci faisant défaut, le lotissement ne leur rapporte rien et met en danger leur situation. Ensuite, il est souvent mal vu que le lotissement soit géré par le personnel de cabinets privés et d'administrations qui sont étrangères au village.
Le lotissement a pour but premier de mettre en place, d'assoir, et d'imposer le modèle de la proprioété privée, délimitée, mesurée, estimée, et certifiée par une paperasserie digne du Procès de Kafka. Ce modèle est semble-t-il très différent, voir contraire à la manière de penser et de gérer l'espace chez les anciens. D'autres raisons s'ajoutent. La mise en place de voies oblige de temps à autre à la destruction d'habitations situées sur le plan de voierie. De leur côté, les agriculteurs exploitant des terres considérées avant comme une brousse exploitable comme bon leur semblait, perdent cette possibilité avec la parcellisation des villages qui exclue de fait la présence de cultures dans les zones loties. Ces exploitants sont donc obligés d'aller cultiver une brousse plus lointaine ou de se reconvertir.

Le lotissement confère cependant beaucoup d'avantages. Chaque propriétaire, obtenant, moyennant finance, un titre de propriété stabilisant leur possession. D'autre part, l'amménagement de voies bitumées, spacieuses, et l'organisation plus claire de l'espace, apporte au village un développement dont les retombées économiques peuvent être juteuses. Dernier point, si une terre non bornée valait 100 000 FCFA (650E), bornée elle en vaudra peut-être dix fois plus. Voilà pour le lotissement.

Nous avons ainsi participé, avec Fortuné et son équipe, au bornage d'une partie du village. Nous nous sommes rendus en brousse pour poser les bornes délimitant de futurs voies qui viendront "urbaniser" le village. On s'est alors fondu à cet égard dans la peau d'un géomètre béninois : calcul des angles, distance des bornes, fabrication et pose de celles-ci, défrichage de la brousse au coup'-coup'... Voilà pour ceux qui croient encore que l'on est en vacances.

Merci à Fortuné et son équipe

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