L'histoire de Comodoro Rivadavia n'est pas comparable à l'histoire de Paris, Rome ou Pékin, et ce pour une raison simple, il y a 110 ans Comodoro n'existait pas encore.

La ville a été fondée par un homme du nom de Pietrobelli, un italien qui vivait avant en Allemagne et qui décide, autour des années 1890, d'explorer la zone de Patagonie et pourquoi pas, de la coloniser en y fondant un foyer de population. Après un ou deux échecs, l'homme va enfin réussir à établir un petit peuplement et à créer un quai pour recevoir des provisions des bâteaux de la Marine. C'est ainsi que vers 1899, Pietrobelli s'y installe aves sa femme, trois coursiers, un écuyer et un charpentier. Quatre années plus tard, un arrêté du ministère de la marine reconnait le petit village au nom de Punta Borja. Peu de temps passe avant qu'une étude du lieu soit commandée par la Marine, étude qui sera faite par le commandant de navire Martin Rivadavia (el comodoro Rivadavia). Le président du pays, au moment d'émettre le décret de fondation de la ville, apprend la mort de som ami le capitaine Rivadavia, et le 23 février 1901, ordonne la fondation de la ville sous le nom de Comodoro Rivadavia, littéralement le contre-amiral Rivadavia.

Voilà pour la petite histoire de la fondation et du nom de la ville. Mais plus intéressante encore, plus complexe aussi, est l'histoire de ce peuplement qui, en 100 ans, est passé de quelques dizaines d'habitants à plus de 300 000, devenant la plus importante ville de Patagonie.

A partir de 1901 et de sa fondation, ce sont de petites vagues d'immigrants qui vont constituer la ville. Parmi ces premiers arrivants, très nombreux sont les Boers, ces sud-africains qui ont quitté leur pays pendant le conflit avec les Britanniques pour la domination de l'Afrique du Sud (guerre qui sera gagnée par le Royaume-Uni). Ce sont le plus souvent des agriculteurs et des éleveurs qui vont commencer de petites exploitations à Comodoro. En 1904, la ville ne compte pourtant pas plus de 300 habitants (quoique presque 10 fois sa population de départ). La ville va ainsi se former par plusieus couches successives d'immigrants venant souvent d'Europe et plus particulièrement de ses pays ayant un accès à la mer (au début en tout cas). En effet, les conflits intra-européens qui amèneront à la Première Guerre Mondiale vont pousser beaucoup d'Espagnols, de Portuguais, de Basques à émmigrer vers l'Amérique du Nord et du Sud. Autre fait important, dans les années 20 et 30, les Etats-Unis et le Canada, qui absorbaient avant la grande majorité des immigrants, commencent à vouloir freiner les arrivées. Les migrants, par conséquent, vont se tourner vers l'Amérique du Sud qui possède l'avantage d'avoir encore beaucoup de terres vierges, donc créatrice de fantasmes et d'illusions (richesse, réussite, ...). En plus de cela, il faut savoir que l'Argentine souhaitait, depuis longtemps, faire venir des immigrants notammemt d'Europe. Dès 1876, elle avait donc produit une loi d'immigration et de colonisation encourageant leur venue, facilitant la distribution de terres productives aux arrivants, etc. La loi, diffusée en Europe, offrait donc des conditions préalables excellentes à la migration.

Mais, le véritable phénomène qui a fait exploser l'afflux de migrants vers Comodoro Rivadavia et qui a rendu attractif ce bord de mer désert, froid, venteux, sans eau potable et sans ressources, c'est la découverte en 1907 d'un gisement de pétrole alors que l'on fouillait le sol pour trouver de l'eau. Il s'est vite révélé qu'à Comodoro Rivadavia, il y avait beaucoup, beaucoup de pétrole.

Avec le pétrole sont venues les premières grosses entreprises comme YPF ou Diadéma Argentina qui, elles aussi, vont faire venir beaucoup d'ouvriers et d'ingénieurs européens (Russes, Allemends, Espagnols, Tchèques, Portuguais, Danois, etc). L'Europe de l'est commence alors à apporter beaucoup de migrants. Les infrastructures grossissent et la ville et ses habitants s'enrichissent. Le contexte européen avant, pendant et après la Seconde Guerre Mondiale ajoute encore beaucoup d'Européens à la petite ville argentine et elle en recevra encore beaucoup de l'Europe de l'est durant la Guerre froide, et après l'effondrement du bloc soviétique. A la même époque augmente parallèlement les migrations intra-régionales, avec des Boliviens, des Péruviens et surtout beaucoup de Chiliens.

La ville est devenue la mine d'or noire de l'Argentine sur fond d'un véritable mélange d'immigrants et de fils d'immigrants qui, tous, ont eu leur part dans le développement de cette ville créée de toutes pièces en à peine plus de 100 ans. L´histoire de ces derniers reste centrale dans l'identité de Comodoro. Toutes les communautés étrangères, depuis 1910, se sont organisées au fur et à mesure en associations le plus souvent de secours mutuels (donc apolitiques). En 1997, on en comptait pas moins de 41, représentantes chacunes, du pays d'origine de leur membres.

Aujourd'hui encore, chacun semble revendiquer qu'il est un descendant d'Espagnol, de Croate, de Portuguais,.... C'est d'ailleurs sur ces associations d'immigrants que nous avons décidé de travailler.